Entre stéréotypes et préjugés: la réalité verviétoise
L'actualité aidant, on voit renaître à Verviers des rumeurs et des affirmations sans fondements qui faisaient jadis litière aux formations d'extrême-droite, à ceci près qu'aujourd'hui elles sont colportées par Monsieur et Madame "Tout le Monde" dans un contexte de populisme ambiant.
Le dernier écho en date faisait état d'une démarche du Bourgmestre pour attirer à Verviers 600 africains (excusez du peu!) après quelques centaines de Kosovars, sous prétexte que la Ville reçoit des aides financières lorsqu'elle accueille des demandeurs d'asile.
La stupidité d'une telle affirmation prêterait à sourire si elle ne nourrissait tout un discours teinté de xénophobie présentant Verviers comme une ville laxiste, trop accueillante aux étrangers et acceptant sur son territoire toute la misère du monde à charge des contribuables verviétois.
Ce discours est dangereux par les fantasmes et les peurs qu'il nourrit mais aussi pour l'image caricaturale qu'il donne de la Ville aux yeux des investisseurs, des touristes et des Verviétois eux-mêmes. Il renforce aussi la dualisation de la Ville et la tendance à l'évitement des quartiers du centre par certains concitoyens au détriment du commerce local.
Sur ces rumeurs clairement populistes vient se greffer un autre discours largement répercuté par la classe politique verviétoise mais aussi par les medias et les partenaires socio-économiques: Verviers serait une ville où les pauvres sont de plus en plus nombreux et où la paupérisation est plus forte qu'ailleurs. Sous-entendu: le CPAS serait trop généreux, entretiendrait trop de personnes sans ressources et tolérerait une fraude sociale importante. Enfin, au mépris des statistiques les plus évidentes, certains continuent à stigmatiser une insécurité permanente, voire à accréditer l'existence de zones de non-droit, liées, bien entendu, à l'affluence des immigrés et au trop grand nombre de pauvres.
Face à cette enfilade quotidienne de fausses affirmations, j'ai décidé de réagir pour mettre fin, du moins je l'espère, à un dénigrement systématique de la Ville qui tient à l'existence de stéréotypes qui n'ont rien à voir avec la réalité verviétoise. Nous allons en apporter la démonstration.
1) Verviers ville des étrangers?
Coupons d'emblée les ailes à un canard tellement gros que l'on se demande comment il peut encore voler. Verviers pas plus que les autres villes wallonnes ne reçoit d'encouragement financier pour accueillir des immigrants ou des demandeurs d'asile.
L'état fédéral se contente de nous rembourser, totalement les aides que nous octroyons aux immigrés et aux demandeurs d'asile conformément à la loi, rien de plus, rien de moins.
Une autre allégation aussi fausse que la précédente consiste à prétendre que les étrangers bénéficient d'une priorité pour les logements sociaux dont l'attribution échappe d'ailleurs totalement au pouvoir communal. Le système de points appliqué par les sociétés de logement sociaux pour le choix des locataires ne donne évidemment aucune priorité aux étrangers mais tient compte principalement du niveau des revenus et de la situation familiale sans aucune référence aux demandeurs.
Si les villes sont, par essence, des pôles d'attraction pour tous ceux qui quittent leur pays d'origine dans l'espoir d'une vie meilleure, il est faux de croire que Verviers soit particulièrement prisée par les immigrants. Cette affabulation est contredite par les statistiques officielles. Celles-ci montrent au contraire une diminution constante du nombre d'étrangers dans notre ville qui ne représente plus que 10,4% de notre population contre 11,8% en 1990 et 11,5% en 2000.
A titre de comparaison, la plupart des grandes villes wallonnes ont un pourcentage d'étrangers nettement supérieur à celui de Verviers. Ainsi atteint-on des scores de 13,2% à Mouscron, 14,2% à Mons, 14,5% à Seraing, 14,3% à Charleroi, 17% à Liège et 20,2% à La Louvière. Seules Tournai (8%) et Namur (6%) ont un pourcentage inférieur au nôtre.
Contrairement à une idée reçue et propagée avec complaisance, près de la moitié (49,3%) des étrangers installés à Verviers sont d'origine européenne et une grande majorité d'entre eux (+/- 70%) vient d'Italie, d'Espagne, de France et de Grèce qui ne sont pas spécialement des pays exotiques ou réputés dangereux. Les étrangers d'origine turque représentent 1,06% de la population verviétoise, ceux provenant du Maroc: 1,14% et l'ensemble de l'Afrique subsaharienne: 1,15%. Les autres chiffres sont dérisoires et ne présentent aucun intérêt statistique vu la faiblesse des chiffres absolus.
2) Verviers ville de demandeurs d'asile?
Indépendamment des fables sur les Congolais et les Kosovars, il est vrai que l'on a souvent présenté Verviers comme un lieu de destination privilégiée des demandeurs d'asile vu sa proximité de la frontière allemande. Les comparaisons effectuées avec d'autres grandes villes wallonnes ne confirment pas cette interprétation.
Ainsi (Liège)….
Pour en revenir à Verviers, un constat s'impose: le nombre de demandeurs d'asile qui s'adressent à notre Administration est en chute libre depuis 10 ans. On passe en effet de 2.739 demandeurs d'asile au 31/12/2000 à 1517 cinq ans plus tard et à 524 demandes au 05/11/2010.
Si un lien entre le financement de la Ville et sa générosité dans l'accueil des sans-papier était autre chose qu'une ridicule affabulation, vous imaginez aisément l'ampleur de la perte que notre rigueur administrative nous aurait fait subir! Cette évolution à la baisse est d'autant plus remarquable qu'au niveau national le nombre des demandeurs d'asile explose véritablement avec une augmentation de 40% en 2009 par rapport à 2008.
Une autre idée reçue veut que la collectivité verviétoise supporte, via le CPAS, la charge financière que représente les "sans papier". En fait le système est le suivant: un demandeur d'asile qui arrive en Belgique est pris en charge par Fedasil qui l'héberge et le nourrit pendant la procédure d'examen du dossier.
Le problème est qu'actuellement Fedasil n'est pas en mesure de remplir complètement sa tâche et renvoi les primo-arrivants vers les CPAS où ils ont leur résidence effective. Pour autant que les demandeurs d'asile soient dépourvus de revenus ou bénéficient de revenus insuffisants, le CPAS doit leur octroyer ce que l'on appelle l'aide sociale équivalente au revenu d'intégration. Celle-ci est également due aux personnes régularisées via la procédure fixée par la Loi. En revanche, lorsque la personne est en séjour illégal, elle ne reçoit plus aucune aide sauf l'aide médicale urgente. Précisons, et c'est important, que l'aide équivalente est remboursée à 100% par l'Etat fédéral.
A ce stade, une précision s'impose: les astreintes infligées par les tribunaux à l'Etat pour non respect de la Loi ne concernent en aucun cas les CPAS qui ne doivent pas verser un seul euro. Les Villes et communes n'ont donc rien à voir avec cette situation scandaleuse due à l'incurie du gouvernement fédéral.
Pourquoi y-a-t-il de moins en moins de demandeurs d'asile à Verviers alors que la tendance est inverse dans l'ensemble du pays et notamment à Bruxelles? La réponse est difficile à apporter mais il est certain que le renforcement des contrôles des résidences et des domiciles par la police en est une des raisons comme la lutte contre le commerce des domiciles "boites aux lettres" qui s'est développé en raison de l'attitude de certaines communes voisines qui incitaient leurs demandeurs d'asile à prendre une résidence même fictive à Verviers pour que ce soit notre CPAS qui intervienne et fasse l'avance de l'aide équivalente.
Une dernière précision et elle est d'importance: la ville a l'obligation constitutionnelle d'accueillir les demandeurs d'asile comme tout autre personne et de les aider pour autant qu'ils remplissent les conditions fixées par la Loi. Ce n'est pas pour cette raison que ces demandeurs d'asile seraient du jour au lendemain considérés comme des citoyens belges et doté, de ce fait, du droit de vote. Ceux qui prétendent que le Collège favoriserait l'arrivée de demandeurs d'asile pour bénéficier l'électeurs supplémentaires sont ou bien des imbéciles qui ignorent tout de la loi électorale soit des malfaisants qui prennent les Verviétois pour des veaux.
3) Verviers, ville de pauvres?
Il est difficile de mesurer le degré de pauvreté d'une population. La prise en compte des revenus moyens par habitant est un indicateur intéressant mais qui souffre du fait qu'il ne reflète pas la répartition des revenus à l'intérieur de la population. Il donne ainsi une image d'autant plus biaisée que cette répartition est, comme à Verviers, très inégalitaire.
Si l'on admet que les pauvres, c'est-à-dire ceux qui sont privés de revenus ou disposent de revenus trop faibles, s'adressent nécessairement au CPAS, la statistique des revenus d'insertion et des aides sociales équivalentes devrait donner une meilleure appréciation du phénomène.
Sur base de ce critère, le taux de pauvreté (nombre de personnes aidées rapporté au chiffre de la population) serait de 4% à Verviers contre 4,5% à Liège. Si l'on se rapporte aux analyses financières faites par Dexia, il est clair que jusqu'en 2006, le CPAS de Verviers a pratiqué une politique relativement généreuse liée à la culture caritative du service de l'aide sociale. Le changement de responsable et la mise en place de procédures de contrôle de la fraude sociale a permis déjà de redresser la situation et cette tendance ne fera que s'accentuer dans les années à venir. La preuve en est dans l'évolution du taux de pauvreté tel que nous l'avons défini plus haut.
En effet entre 2007 et 2009 ce taux a progressé de 1,2% seulement contre 7,1% à Liège, 10,9% à Namur, 35,5% à Charleroi, 14,3% à La Louvière, mais aussi 17,9% à Dison, 28,7% à Herve et 27,9% à Eupen.
Le renforcement de la lutte contre la fraude que vient de décider le Collège en accord avec le CPAS et qui concerne des mesures plus structurelles touchant aux logements, à la domiciliation, à l'encadrement du Réseau social urbain, à l'emploi et à la prévention sociale et policière, ne manquera pas de conforter cette évolution positive. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas ici de chasse aux allocataires sociaux pour les renvoyer ailleurs: le CPAS assurera toutes ses obligations légales sans restriction et les Verviétois frappés par la précarité bénéficieront de la solidarité à laquelle ils peuvent légitimement s'attendre. Ce à quoi nous voulons mettre un terme, ce sont les abus sociaux de ceux qui trichent sur la résidence, sur leurs véritables ressources ou qui s'adressent sans vergogne à tous les "guichets" de la solidarité.
Par ailleurs, nous renforcerons plus que jamais nos efforts d'insertion en faveur des personnes assistées de manière à les remettre dans le circuit de l'emploi et de reprendre pied dans notre société. Comme l'écrivit le RP Pire, il est plus important d'apprendre à pêcher que de distribuer les poissons.
En conclusion, Verviers reste une ville confrontée, comme toutes les villes wallonnes, au problème de la pauvreté mais elle développe aujourd'hui autour du CPAS une stratégie globale qui lui permet de maîtriser le phénomène tout en assurant ses obligations.
4) Verviers, bastion de l'Islam?
Certains de nos concitoyens pensent et disent que la Ville en fait trop pour la population de confession musulmane qui, si l'on en croit les medias, serait même devenue un enjeu politique.
A cela vient s'ajouter la question du voile à l'école et l'affirmation identitaire d'une religion qui jusqu'à ces dernières années s'était montrée très discrète. Même s'il n'existe pas de statistiques officielles, on peut évaluer à un peu moins de 9.000 le nombre de personnes réputées musulmanes soit 15% de la population verviétoise. Si l'on rapporte le chiffre aux statistiques des étrangers, on se rend compte immédiatement que la grande majorité d'entre eux est belge, soit les 2ème et 3ème générations issues pour l'essentiel des familles marocaines et turques appelées dans les années 60 pour travailler dans le textile et les mines.
En ce qui concerne la Ville elle-même, elle a consacré jusqu'à présent moins de moyens budgétaires au bénéfice de cette communauté (1810 euros en 2010) qu'elle ne l'a fait en faveur, bien sûr, de la communauté catholique (171.876 euros en 2010) mais aussi que des groupes moins nombreux comme les laïcs, les protestants ou les orthodoxes.
Et pourtant, il s'agit bien de Verviétois à part entière qui vivent, étudient et travaillent à Verviers, mais aussi qui y paient leurs impôts et leurs taxes. C'est pourquoi le Collège s'emploie à avancer dans le dossier qui a trop traîné de la parcelle multiconfessionnelle au cimetière de Verviers qui permettra enfin aux musulmans mais aussi à d'autres confessions d'être enterrés selon les rites de leur religion.
En outre, nous avons décidé de créer les conditions d'un déroulement de la fête de l'AÏd el Kebir conforme à nos règles d'hygiène et de respect de l'animal en commandant, à l'instar de la ville de Namur, un abattoir mobile bien adapté à cette cérémonie.
Lorsqu'on sait que la Ville ne verse aucune subvention aux mosquées alors qu'elle dépense près de 200.000 euros pour l'entretien des églises et des temples, c'est plutôt nos concitoyens de confession musulmane qui devraient s'étonner qu'il ait fallu tant de temps pour que leur existence ne soit plus tolérée mais reconnue.
Quant au port du voile dans les écoles communales de Verviers, il n'a jamais fait problème dans la mesure où il ne concerne qu'une très faible minorité de jeunes musulmanes et qu'il n'a entraîné aucune perturbation dans notre enseignement. Bien entendu si nous refusons de prendre des règlements en la matière, nous souhaitons vivement, comme tous les pouvoirs organisateurs, que la Communauté française assume ses responsabilités et prenne une décision qui assurerait une égalité de traitement de tous les élèves dans tous les établissements scolaires quel que soit leur réseau.
Le rôle d'une ville comme Verviers n'est pas de prendre position dans des débats qui nous dépassent sur le bien fondé des sociétés multiculturelles. Notre ambition est bien plus modeste. Elle consiste à créer les conditions nécessaires pour que chaque citoyen verviétois, quelle que soit sa religion, ses origines, son genre ou sa condition sociale se sente respecté à charge pour lui de se conformer aux règles de notre vie commune.
Cette tolérance ne va pas, on s'en doute, jusqu'à permettre les manifestations d'un intégrisme religieux qui n'a pas sa place dans notre société pluraliste. Dans cet esprit, nous avons été une des premières communes belge à interdire le port du niqab et de la burqa dans l'espace public et à verbaliser celles qui ne respectent pas ce règlement.
Trop souvent encore aujourd'hui, des jeunes Verviétois et Verviétoises se voient écartés de certains emplois en raison de leur origine que révèle leur patronyme ou leur aspect physique. Cette situation n'est pas tolérable et c'est pourquoi nous avons lancé des initiatives pour faciliter l'accès à l'emploi de ces jeunes gens et jeunes filles dont les talents sont négligés pour des préjugés que l'on croyait, à tort, disparus.
En résumé nous ne sommes complaisants à l'égard de qui que ce soit mais soucieux de défendre envers et contre tout les valeurs de tolérance qui sont les fondements de notre civilisation.