Notre époque, notre société, se targuent de démocratie, d’ouverture, d’égalité entre les sexes, entre les cultures. Les principes définis par  les philosophes du siècle des lumières ont largement inspiré les constitutions des états européens.

Dès lors si un congrès devait à l’instar de celui de 1830 choisir le type d’institutions d’un nouvel état, il y a fort à parier que le système républicain serait préféré à la monarchie.

L’élection d’un chef d’état au suffrage universel direct et pour un mandat limité dans le temps comme le pratiquent nos voisins français semble bien correspondre aux critères que devrait rencontrer l’institution idéale de notre 21ème siècle.

Pensez donc, chaque homme, chaque femme peut choisir le chef de l’état. Quoi de plus juste, de plus démocratique ?

 

A contrario, l’attribution du pouvoir à un individu sélectionné sur base de la gloire acquise plusieurs décennies auparavant par ses ancêtres, gloire acquise au moins autant par la supériorité de la force physique que par celle de l’intelligence, peut dans ce contexte paraître saugrenue, obsolète, désuète.

Que dire de la transmission de ce pouvoir par la seule voie de l’hérédité, de l’héritage ?

 

La monarchie semble bien être le contre modèle de la démocratie. N’est on pas en droit de se demander combien de rois actuel accéderaient au pouvoir s’il leur fallait se soumettre au choix du corps électoral ?

 

L’élection serait donc la panacée en terme de démocratie ?

Détrompez vous, certains éléments intrinsèques à la méthode élective comportent de fait une dimension inégalitaire. Le vote est secret, le citoyen ne doit pas rendre compte de son choix, les critères de sélection ne sont pas objectifs, les candidats ne doivent pas répondre à des critères de compétence particuliers.

 

Dans la conclusion d’un ouvrage étudiant les principes du gouvernement représentatif, Bernard MANIN  écrit que si l’on considère les citoyens en tant que candidats potentiels aux charges, l’élection apparaît comme une procédure inégalitaire  et non démocratique car contrairement au sort elle ne donne pas à n’importe qui le souhaitant une chance égale d’accéder aux fonctions publiques. L’élection est même une procédure aristocratique ou oligarchique en ce qu’elle réserve les charges à des individus éminents que leurs concitoyens jugent supérieurs aux autres. La procédure élective fait obstacle au désir démocratique que les gouvernants soient des individus comme les autres, proches des gouvernés par leurs caractères, leur mode de vie et leurs préoccupations.

 

Pour Aristote le tirage au sort est démocratique tandis que l’élection est oligarchique.

 

On le voit, les concepts de démocratie et d’égalité fluctuent avec le temps, les cultures, les sociétés. Quand même l’élection apparaît comme inégalitaire, quel jugement porter sur la monarchie ? Cette institution aristocratique se justifie-t-elle encore à l’époque moderne ?

 

A priori archaïque, l’institution monarchique fonctionne, et j’oserai dire fonctionne bien dans nombre de pays notre vieux continent : Norvège, Suède, Danemark, Pays-Bas, Luxembourg, Grande Bretagne. Faut-il rappeler le rôle joué par la monarchie dans le rétablissement de la démocratie en Espagne ? Les princes héritiers sont élevés et formés pour assurer la fonction de roi, n’est-ce pas préférable au hasard des urnes ?

Et en Belgique ? Comment accepter l’élection d’un président qui serait élu par une partie de la population, qui incarnerait une communauté, un parti et non le pays ?

 

Nous célébrons cette année le 15ème anniversaire du règne d’Albert 2 et pouvons déjà mesurer le chemin parcouru, dresser les grandes caractéristiques de ce règne.

Hasard de l’histoire, le roi Baudouin décède en juillet 1993 alors que le parlement vient de voter les lois de réformes institutionnelles mettant en place la Belgique fédérale

Alors que chacun s’attend à voir monter son neveu Philippe sur le trône, c’est Albert qui prend en charge la succession à un âge où nombre de belges songent à quitter la vie active.

A l’étonnement suscité par ce choix succède l’inquiétude à la vision de ce roi tremblotant lors de sa prestation de serment.

 

La Belgique dont hérite Albert 2 est en pleine mutation institutionnelle et le souverain assume son rôle de chef d’état fédéral sans état d’âme, signant la nouvelle constitution  en février 1994, participant aux fêtes de  la communauté flamande comme à celle de Wallonie.

En 1996 la Belgique est sous le choc de l’affaire Dutroux, 300.000 personnes défilent dans les rues de Bruxelles lors de la marche blanche. La population se défie des politiques, de son système judiciaire, de ses forces de police. Albert 2 fait preuve d’empathie envers les familles des disparus et tape avec autorité  sur la table pour secouer l’apathie du gouvernement.

En 1999, l’aveu de sa paternité extra conjugale contribue à forger du souverain l’image d’un homme semblable à ses concitoyens, confronté comme chacun aux difficultés conjugales, soumis aux mêmes tentations.

Baudouin avait été déchiré par la loi sur l’avortement, une crise morale telle qu’elle l’avait poussé jusqu’à mettre la monarchie en danger. Premier souverain belge du 21ème siècle, Albert 2 accepte l’évolution des mœurs et son rôle de chef d’état d’une monarchie constitutionnelle, qui l’amène à signer la loi dépénalisant l’euthanasie et celle autorisant le mariage homosexuel.

En 2007, la crise gouvernementale divise la Belgique en tout sens. Il faudra tout le calme et la bonhomie d’Albert 2 pour dénouer cette crise majeure. Comment imaginer qu’un président élu, homme d’une communauté, d’un parti puisse jouer un rôle identique ?

 

En 15 ans de règne Albert 2 a su accepter son rôle de 1er roi de la Belgique fédérale. Il a su donner de la monarchie un aspect humain. , il a su être présent lorsque le pays était en crise, lorsque les institutions étaient contestées, il a compris et assumé le rôle que la constitution lui réserve.

 

D’ores et déjà notre souverain loin d’être un roi de transition a marqué notre histoire et rendu service à son pays aussi je vous invite à lever votre verre en l’honneur de Notre roi Albert 2 : vive le roi,

Leve de Koning

Es lebe der König

Vive la Belgique

 

Pierre MOSON

Échevin